12/01/2006

Les petites orphelines

Je suis allé à l'école primaire dans une école, où c'était une nouveauté juste après la guerre de 45, une école mixte. Petits garçons et petites filles se cotoyaient dès la première année. En face de l'école, il y avait un portail vert, d'où sortaient chaque matin, bien en rang, une série de petites filles qui venaient grossir les effectifs de l'école. Elles étaient habillées toutes pareilles : un tablier de grosse toile bleue ressemblant à ce que l'on appelle aujourd'hui le "jean délavé". On les appelait,  - avec une certaine expression de pitié sur le visage de ma mère, comme de bien d'autres mamans - les petites orphelines. Et l'établissement derrière le portail vert : l'orphelinat. Ma mère m'expliqua que c'était des petites filles, soit qui avait perdu leurs parents ou leur papa étant seul devait travailler et n'avait personne pour s'occuper d'elles ou encore que les parents étaient séparés et chacun travaillait (chose quand même assez rare à l'époque). Encore, une autre référence involontaire aux "petites bleues" dont parlait Daudet dans "les vieux". Décidément, Alphonse Daudet a marqué mes lectures. Mais pour revenir aux orphelines, auxquelles je pense encore aujourd'hui, non avec pitié, mais avec tendresse. Elles étaient des filles attachantes, manquant d'affection, la plupart d'entre elles entouraient ma mère chaque matin, et quelques unes se cramponnaient à son bras. Je n'en éprouvais aucune jalousie. Elles n'avaient pas de parents, je n'avais pas de soeurs, je n'avais pas de frère ; c'était une petite compensation

10:00 Écrit par JMG | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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